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ANNEXE 2 — APPEL DE 1993, A L’ORIGINE D’AC !

vendredi 7 juin 2002, par le réseau d’AC !


Les signataires de cet appel, chômeurs, salariés, militants
syndicaux ou associatifs, enseignants, étudiants, jeunes,
paysans, travailleurs sociaux, chercheurs, retraités… affirment
leur volonté commune de se rencontrer, d’échanger
leurs réflexions et leurs expéri ences, de prendre des initiatives,
afin de faire naître un large mouvement, capable de
s’attaquer vraiment au chômage.

En finir avec la résignation et l’exclusion

La concurrence internationale fait rage. Pourtant des entreprises
dégagent des bénéfi ces, parfois considérables. Ils ne
servent pas à embaucher, bien au contraire. Quand ils ne
sont pas placés sur le marché spéculati f, ils sont investis
dans une automatisation toujours plus poussée qui expulse
de fait des millions d’hommes et de femmes de l’emploi et
de la vie sociale.

Les progrès techniques devraient représenter un bienfait
pour toute l’humanité ; leur utilisation conduit à la
régression sociale : angoisse pour les jeunes ; pressions sur
les femmes pour leur imposer emplois précaires, temps
partiel ou retour au foyer, en dévalorisant encore plus leur
rôle social ; rejet des plus âgés et des plus fragiles, mis au
rebut comme des outils hors d’usage ; précaires et intermittents
sans statut ni droits sociaux véritables ; immigrés
exclus et montée de la xénophobie. Les menaces de licenciement
pèsent de plus en plus, même sur les plus diplômés,
et le "dumping social" à l’échelle européenne ou planétaire
s’amplifie.

La répartition actuelle du temps de travail et des revenus
est faite de chômage, de précarité… et d’heures
supplémentaires. Elle est porteuse d’exclusion, d’atteinte à
l’équilibre de la société et à la démocratie elle-même. Pour
l’essentiel, elle limite les solidarités aux seuls salariés : ceux
qui ont un emploi contribuent aux budgets sociaux destinés
à ceux qui sont privés d’emploi, alors que les autres catégories
sociales sont le plus souvent exonérées de tout effort de
solidarité. Le travail reste, encore aujourd’hui, un lien
social extrêmement fort : le chômage est la principale
forme d’exclusion.

Il faut continuer à lutter contre les licenci ements, pour
l’embauche en CDI des précaires. Il faut limiter le recours
aux heures supplémentaires. Il faut garantir à toutes et tous
un revenu suffisant (salari é, chômeurs, RMIste, jeunes,
demandeurs d’asile…).

Mais tout cela ne suffira pas. Nous ne pouvons plus tolérer
que se poursuive la mise à l’écart souvent définitive de
salariés, de jeunes, de familles entières. Les nombreuses
expériences local es qui cherchent à prendre ce problème à
bras le corps ne peuvent, malgré leur richesse, faire reculer
cette vague montante du chômage et de l’exclusion.

Pour une autre répartition du temps de travail
et des richesses

Réduire la durée du travail : travailler moins, c’est depuis
un siècle, un combat des salariés pour vivre mieux. Aujourd’hui,
face à l’accélération des rythmes de travail, avec ses
conséquences sur la fatigue et la tension nerveuse, une
nouvelle étape est nécessaire et peut permettre l’accès pour
tous et toutes au temps libre, à la formation, aux loisirs, à la culture. C’est le bon sens : il faut répartir les heures de
travail entre toutes et tous, donc réduire massivement la
durée du travail.

Cette réduction doit s’effectuer :

— sans aggraver la situation des salariés : beaucoup de
sacrifices leur ont été demandés depuis de longues années,
et les conditions de vie d’une grande partie d’entre eux sont
déjà difficiles ;
— sans intensifier le travail, donc en mettant en place les
garanties nécessaires sur les horaires, les pauses, les cadences,
les normes, la quantité de travail effectué par chacun ;
— sous des formes adaptées et négociées selon les secteurs,
mais sur la base d’une loi-cadre qui fixe à 35 heures
la durée légale hebdomadaire en agissant pour que cette
durée devienne la durée effective ;
— avec embauches correspondant es, pour s’attaquer réellement
au chômage.

Répartir autrement les richesses

La France est, parmi les pays développés, l’un de ceux où
les inégalités de revenu et de fortune sont parmi les plus
fortes. Les 10 % de ménages les plus riches ont 28 % des
revenus et 54 % des patrimoines. Les 50 % des ménages les
plus pauvres n’ont que 6 % des patrimoines !

La monté au chômage a conduit à un accroissement de ces
inégalités. Depuis plusieurs années en effet, de sont principalement
les salariés, qu’ils soient sous contrat stable ou
précaire, ; les retraités et les demandeurs d’emploi qui supportent
le poids et le coût du chômage, très directement
pour ceux qui sont privés d’emploi et de salaires, mais aussi
par le biais des cotisations et des impôts, qu’ils soient destinés
au financement des allocations des mesures pour l’emploi,
ou utilisés pour remplacer les exonérations de charges
accordées aux entreprises ou le manque à gagner pour la
protection sociale.

Pendant ce temps la taxation de la spéculation financière,
des profits faciles, des plus-values et des gains en capital, a
été progressivement allégée.

Il est possible de financer la réduction du temps de travail
tout en préservant le pouvoir d’achat des salariés par :

— la baisse du coût du chômage grâce au recul du chômage
lui-même,
— une répartition plus juste des gains de productivité
énormes réalisés depuis de nombreuses années,
— une mise à contribution des revenus de la spéculation
financière et des rentes en tout genre,
— une utilisation plus juste et plus efficace des prélèvements
sociaux et fiscaux,
— une redistribution plus juste des richesses produites
entre la rémunération du travail et celle du capital,
— des initiatives pour une réduction coordonnées du temps
de travail au niveau européen,
— l’instauration de nouveaux rapports entre les pays riches
et les pays pauvres.

Sur toutes ces questions nous nous engageons à animer un
large débat public :

Toutes les propositions doivent se confronter, celles qui
proposent les moyens de ne pas diminuer le pouvoir d’achat
des salariés comme celles qui pensent nécessaire une réduction
des hauts salaires ou toute autre proposition fiscale
ou redistributive.

La mobilisation des salariés et des chômeurs pour la semaine
légale à 35 heures (vers les 30h) est une condition
essentielle pour que le débat soit le plus large possible.

Pour créer des emplois : changeons de logique !

Il s’agit de choisir un autre mode de production, une autre
organisation du travail qui ne repose plus sur les divisions
actuelles. Il s’agit de relancer l’économie en privilégiant les
activités répondant à des besoins non satisfaits : santé, éducation,
logement, environnement, animation de la vie locale,
services publics, dans la perspective d’un développement
durable qui respecte les écosystèmes, la nature, et les
droits des générations futures, au Nord comme au Sud. Il
s’agit donc de créer des emplois, et de transformer les emplois
des secteurs en reconversion sans licencier. Il s’agit
aussi de développer l’accès de tous à la formation tant initiale
que continue et de donner toute sa place à l’investissement
éducati f. Ces objectifs sont à la portée d’un pays développé
comme le nôtre. Ils peuvent aussi donner une
impulsion à une Europe sociale.

Les signataires de cet appel proposent d’aider à la coordination
des initiatives contre le chômage pour constituer
un large mouvement, avec trois objectifs principaux : Renforcer la solidarité concrète entre salariés et
chômeurs, en reconnaissant et en soutenant les organisations
de chômeurs, en favorisant leur représentation, et en aidant la création de lieux d’information, d’entraide et
d’initiatives communes sur le temps libéré et les créations
d’emplois utiles.

Débattre ensemble, sur les questions de fond que la lutte
contre le chômage oblige à poser : comment répartir et
aménager le travail, comment répartir les richesses et les
revenus de façon plus équitable (en France, en Europe, dans
le monde), comment faire le lien entre les diverses initiatives
qui se mènent en Europe contre le chômage, comment
repenser le système éducati f pour combattre toutes ségrégations
et développer des formations qualifiantes ouvertes à
toutes les composantes de la culture, comment repenser la
place du travail dans la société et imaginer d’autres moyens
d’insertion sociale, comment ouvrir le temps libre à des
activités de solidarité, de connaissance, de créativité, de
citoyenneté, qui soient enfin socialement reconnues.

Rassembler, agir pour une réduction du temps de travail,
et dans l’immédiat d’une loi-cadre fixant la durée
légale hebdomadaire à 35 heures, avec la perspective de
la semaine de 30 heures.

C’est l’action collective qui permettra de définir les voies
d’un nouvel équilibre.

Il faut pour cel a faire converger les efforts syndicalistes,
associati fs, le désir de solidarité, en une grande exigence,
pour qu’un mouvement de grande ampleur réunisse salari és
et demandeurs d’emploi, hommes ou femmes, français ou
étrangers, et tous ceux qui estiment que les limites du tolérable
sont largement dépassées.

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