La crise sanitaire, une respiration salutaire ?

lundi 22 novembre 2021
par  Paris Sud

La crise sanitaire a fait de gros dégâts. Là où on les attendait pas. La corona, selon Jean-Luc Porquet « a véritablement ébranlée et annihilée la valeur travail ». C’est sérieux ? Allons voir.

Le secteur de l’hôtellerie-restauration a du mal à recruter. Une grande partie du personnel d’avant la crise sanitaire et la fermeture des établissements n’a guère repris le chemin du turbin.
Éloignés des restos durant plusieurs semaines, l’oisiveté circonstanciée fut l’occasion pour certains de méditer sur le bien-fondé de leur activité de service à table.

Dans ce secteur, les conditions de travail sont pénibles et les horaires fort inconvenantes. Pour le service diurne (il a des restos ouverts 24/24), c’est dès 9 ou 10 h du matin qu’il faut dresser les couverts et préparer les tables. A 11 h déjeuner rapide avant l’accueil des premiers clients à midi. Souvent de 15h à 18h/18h30 « la coupure ». Retour pour le dîner, qui doit impérativement être avalé avant 19h.
Le service du soir se termine au plus tôt à 22h/22h30. A Montparnasse et rue de la Gaîté on peut se sustenter jusqu’à minuit au moins.
Les jours de repos, légalement 2 par semaine, sont très rarement le samedi et le dimanche. Dans ces conditions la vie familiale, sociale, amicale et sentimentale est fort problématique. Le niveau moyen des salaires est à peine supérieur au Smic. Exception dans les restaurants classés, réputés et coûteux où le personnel est au pourcentage 12 ou 15 % et bénéficient de salaires plus élevés qui font accepter le contraintes liées à la profession.

Toujours et-il que l’oisiveté sanitaire, respiration salutaire, fut pour beaucoup l’occasion de méditer sur l’antique slogan « pourquoi perdre sa vie à la gagner - mal » ?
Chômage stratégique, indemnisé si possible n’en déplaise à Madame Borne, et la recherche pour pistes de reconversion professionnelle sont les saines occupations du présent, en attendant de voir.
Le patronat des auberges et estaminets est obligé le lâcher du lest. On parle d’une augmentation des salaires de 20 %, un week-end par mois sera concédé. A vérifier.

La crise sanitaire, l’occasion d’une respiration salutaire.
Reconsidération existentielle pour le personnel, financière pour les patrons.
Le virus et aussi un révélateur : le boulot c’est pas la joie.

Le manque d’enthousiasme pour la reprise du turbin est observé dans bien d’autres secteurs.
Jean-Louis Porquet, dans le Canard Enchaîné (23/06/2021), diagnostique – c’est fort grave – « Une pandémie de flemmards ».
« Du simple employé au cadre dirigeant pas moins de 48 % seraient démotivés. La corona crise a véritablement ébranlé et annihilé la valeur travail » assène, iconoclaste Porquet s’appuyant sur une enquête du « Point » .
Incorrigible, insupportable le plumitif du Canard d’en rajouter.
« Ne plus courir. Rester peinard, chez soi, avec la famille et les amis […] leur a fait voir la vie autrement. 
Et, impardonnable, dépassant largement les bornes du politiquement correct Porquet ose nommer et désigner la suprême menace. Imaginons la fureur et le l’abyssal désespoir de Macron prenant connaissance de qui suit .
« La France est-elle à la veille de devenir une nation d’avachis, d’assistés à vie, suicidaires partisans de la (horreur !) décroissance . »
Pour circonstances atténuantes, il faut tenir compte des (perverses, malsaines) lectures de l’auteur de cet insupportable billet (jubilatoire pour certains).
Les 2 h par jour du collectif Adret côtoie le Droit à la paresse de Paul Lafargue et de nouveaux Bartleby (« je préférerais ne pas... »). Sur cette lancée destructrice de la valeur travail, l’auteur n’économise pas ses munitions.
Pour achever le carnage, l’an 01 en explosion finale !

On arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste !
Bien au contraire. Au delà des ruines, reconstructeur, Porquet entrevoie « un monde de vie plus sain, plus lent, plus doux, plus en phase avec les rythmes de la nature. »
Et, pour donner des convulsions à Macron, il ajoute : « Le décrochage menace toutes les classes sociales ».
Vrai, nombre de professions, hors la restauration doivent composer avec des exécutants démotivés.
Dans le bâtiment la première génération des immigrés acceptant le gros œuvre a pris sa retraite , les enfants et petits-enfants sont plus exigeants. Les services à la personne, aide à domicile sont majoritairement occupés par des femmes à temps partiel qui doivent se déplacer de domiciles en domiciles. Les volontaires pour cette cavalcade ne sont pas légions.

Près de 300 000 emplois dans divers secteurs peu attractifs restent trop longtemps non pourvus, nous disent, courageux, les « experts et les comptables. A vérifier, nombre d’entreprises laissent leurs offres apparemment disponibles durant la période d’essai, voire plus longtemps.
Toutes catégories confondues c’est environ 6 millions de salariés qui sont en attente d’emplois.
Malgré l’écart, les chômeurs insuffisamment chercheurs seront sanctionnés, les glandeurs éliminés.
Macron sévère, durement sévit.
Il fut frapper vite et fort, le Médef s’inquiète : l’oisiveté bien conduite est mère de toutes les imaginations. Affamer un peu les indemnisés (moins de 50%), c’est pour leur bien et allégés ils pourront traverser la rue rapidement avec une vélocité inversement proportionnelle au niveau de leur allocation. Plus c’est maigre, plus c’est efficace.
Eh, oui, il ne s’agit pas de laisser les quémandeurs d’allocs s’endormir sur leur matelas. Trop risqué.
Le temps libre est potentiellement révolutionnaire.
Cultivons nos potentialités même si Macron ne le veut pas (texte complet chez les Gilets Jaunes).

AC ! Paris sud.
Vendredi 19 novembre 2021.