Constitué autour d’un appel lancé en octobre 1993 par des syndicalistes et militants associatifs, Agir ensemble contre le Chômage s’est fait connaître par les « marches contre le chômage » qui durant plusieurs semaines organisèrent la convergence sur Paris. A l’arrivée, plus de 30 000 personnes défilèrent au printemps 1994 contre le chômage, la misère et les exclusions.

Aujourd’hui encore, nous avons besoin de votre soutien (... lors des actions menées) mais aussi financièrement en nous renvoyant le bon de souscription (réduction fiscale possible) !
- Appel aux dons
- sur Hello Asso : https://www.helloasso.com/associations/les-amis-d-agir-ensemble-contre-le-chomage-et-pour-l-abolition-du-chomage-et-des-exclusions-a-c/formulaires/1

En liaison avec d’autres réseaux de précaires de l’hexagone et en Europe, le réseau des collectifs d’AC ! poursuit ses actions pour la défense des droits des chômeurs et des précaires :
- Droit à un revenu personnel et décent, pour toutes et tous, et la continuité des droits sociaux CONTRE la précarisation des droits.

- le Livret de synthèse et de propositions issu du forum : "Un revenu et des droits pour exister !"

- Le livre "Pour une sécurité sociale chômage", aux Editions Syllepse  : [http://www.ac-chomage.org/spip.php?article2445]


vendredi 24 avril 2026

« Lutte » contre la fraude sociale : les pauvres, c’est tellement pratique

communiqué de Changer de Cap - 22 avril 2026

Vous êtes en arrêt maladie et vous percevez des indemnités journalières… Il sera bientôt possible au directeur de votre CPAM de procéder à une « suspension conservatoire » des paiements pendant trois mois, en cas d’« indices sérieux d’un manquement délibéré ou de manœuvre frauduleuse ». Idem pour France Travail et les allocations chômage.

Vous percevez le Revenu de solidarité active. Les agents habilités des Départements auront accès à une multitude de données personnelles vous concernant en cas d’« indices graves et concordants » : comptes bancaires, données sociales, système d’immatriculation des véhicules, etc. La suspension de vos droits, elle, vous pend déjà au nez, depuis la loi sur le plein-emploi et le décret sanction qui a suivi [1] : en cas de « manquement » votre Département (ou France Travail) peut vous couper les vivres, en partie ou totalement, et sur une durée variable, selon que vous ayez le malheur ou la chance d’habiter dans le Nord ou en Saône-et-Loire, à Paris ou dans le Finistère. Ah, la fameuse égalité des droits…

Qu’est-ce qu’un « manquement » ? Mystère.

Qu’est-ce qu’un « indice sérieux » ou des « indices graves et concordants » ? Boule de gomme.

Les parlementaires qui ont adopté le projet de loi relatif à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales le 7 avril dernier [2] n’ont pas pris la peine de le définir clairement. Charge à des agents de France Travail, de la CPAM ou des Départements de se faire leur opinion… ou bien de suivre les directives… ou bien de se pencher sur des dossiers estimés à risque par un algorithme. À ce stade, nous avons omis de vous dire que les « objectifs de recouvrement de fraude » sont fixés à l’avance dans les organismes sociaux. La manœuvre frauduleuse à géométrie variable devient un outil bien pratique. Rappelons que ce qui définit une fraude (par rapport à une erreur) est l’intentionnalité, et qu’il revient à l’organisme de la prouver. Mais pourquoi donc s’embarrasser avec ça ?

Présumés coupables

C’est bien de cela dont il est question : nos représentants de la nation font allègrement entrer dans la loi le délit du sans-preuve, du au-cas-où, et du coupable idéal - on vous le donne en mille, le pauvre, le vulnérable, la personne accidentée de la vie, celle qui n’a ni les moyens ni les ressources de se défendre.

Cette ère du soupçon, instrumentalisée à loisir, politiquement et médiatiquement, sur le refrain « les pauvres, ces fraudeurs, ces fainéants, ces assistés », est nauséabonde. Quand le soupçon s’érige en loi, ça pue. Le « va bosser, tu ruines le pays » s’extirpe des commentaires des excités des réseaux sociaux pour entrer dans les hémicycles de l’Assemblée nationale et du Sénat.

Alors oui, nous pouvons nous battre à coups de chiffres, et nous le ferons. Dire et redire que :

Dans le secteur de la santé, 84 % de la fraude vient des professionnels [3]
52 % du préjudice social provient de cotisations non versées par les employeurs [4]
Les 1,27 milliard d’euros versés à tort par les CAF en 2025 concernent des erreurs (allocataire ou organisme) bien davantage que des fraudes (508,8 millions) [5]

On ne parle pas du rapport de 1 à 8 entre la fraude sociale (13 à 14 milliards d’euros, fraudes professionnelles et individuelles confondues) et la fraude fiscale (80 à 120 milliards d’euros) ? De fait, la lutte contre cette dernière ne trouve guère sa place dans le projet de loi précité. Étonnant, non ?

Dans les jours à venir, nous vous dirons en revanche que tout cela va encore plus loin, que des articles ou des amendements disséminés ici et là dans d’autres projets ou propositions de loi en cours sont des attaques en règle contre les droits fondamentaux et outillent la chasse aux pauvres. Nous dirons aussi, plus largement, que le système de gestion/surveillance algorithmique et de violation de la vie privée qui se met en place sous couvert de « lutte contre la fraude » ne concerne pas seulement Juliette, en arrêt maladie pour une vilaine fracture depuis 3 mois, ou Arnaud, qui a omis de déclarer un cadeau de Noël de mamie Danièle.

Le collectif Changer de cap est en opposition totale avec cette politique de chasse aux pauvres.

Nous réaffirmons :

Que la lutte contre les exclusions doit rester un impératif national fondé sur le respect de l’égale dignité de tous les êtres humains et une priorité de l’ensemble des politiques publiques.

Que toute personne en difficulté a le droit au soutien de la nation, tel que cela est énoncé dans plusieurs lois fondamentales et dans la Constitution.

Que L’État, les collectivités territoriales, les établissements publics dont les centres communaux et intercommunaux d’action sociale, les organismes de sécurité sociale ainsi que les institutions sociales et médico-sociales doivent participer à cette mission de soutien aux populations précarisées.

Que chaque personne a le droit à un accompagnement respectueux de son parcours, prenant réellement en compte les difficiles chemins empruntés et les situations complexes.

Et ne craignons pas d’exiger de nos responsables politiques de lutter contre les causes de la pauvreté plutôt que d’orchestrer la chasse aux pauvres.

[1] Changer de Cap attaque ce décret sanction en Conseil d’État avec 15 autres organisations et nous nous sommes exprimés sur cette question en octobre 2025

[2] Le texte approuvé par les députés est actuellement en Commission mixte paritaire.

[3] Voir ministère de l’Economie « Bilan 2024 et perspectives : lutter contre toutes les fraudes »

[4] Note annuelle de suivi et d’évaluation des fraudes sociales (2025), Haut Conseil du Financement de la Protection sociale

[5] Bilan 2025 de la prévention et de la lutte contre la fraude par les CAF (avril 2026)


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